Lundi, une vingtaine de précaires du Réseau Solidaire d’Allocataires ont accompagné une jeune femme privée de toute ressources à la mairie de Bagneux ( Hauts de Seine ), la commune où elle a passé sa vie, mais qui est aussi son ex-employeur.
Les efforts des élus pour l’ « emploi des jeunes », on en parle beaucoup, mais on connaît moins le formidable potentiel qu’ils représentent pour les collectivités concernées.
Mme S. s’est ainsi investie à fond pendant des années dans ses emplois précaires : pas parce qu’elle espérait une quelconque ascension sociale, une embauche définitive suite à ses innombrables CDD, mais parce qu’il s’agissait d’animation, donc d’un boulot en direction des gosses et des familles d’une commune pauvre, ses voisins.
Dans un secteur public ravagé par les coupes budgétaires, dans une zone sinistrée par le chômage et la misère, l’investissement des animateurs est LE facteur décisif qui sépare la simple garderie des vrais loisirs et moments de bonheur des enfants des quartiers. Il faut savoir improviser, donner de son temps et de son énergie, quand il n’y a pas beaucoup d’argent.
Et le tout, dans des conditions précaires avec des contrats très courts, peu payés, des horaires étendus.
S. l’a fait pendant toute la durée de ses études, et donnait tellement satisfaction à son employeur municipal que celui-ci lui a souvent donné le poste de « directrice de centre de loisirs », mais toujours en statut très précaire.
Aujourd’hui, Mme S. ne demande pas une place sur les listes électorales ou un emploi stable ou encore une place dans le cabinet d’un élu en échange de ces années passées au service de la mairie. En fait, elle ne veut qu’une seule chose : l’accès à ses droits, à savoir une indemnisation chômage de la part de son employeur qui lui permette de chercher du boulot dans son secteur.
Celle-ci lui est refusée au prétexte que son refus de renouvellement d’un énième contrat précaire est assimilé à une démission.
Notre visite collective à la Mairie de Bagneux nous a valu d’être reçus par la maire adjointe Gabrielle Nunes et par le directeur des ressources humaines. Lorsque nous avons présenté la situation, nous avons immédiatement évoqué des communes des Hauts de Seine, du bord politique opposé à celui de la députée maire de Bagneux, chez qui cette pratique est monnaie courante.
Ceci a donné lieu à un exposé d’une vingtaine de minutes sur la politique de la mairie de Bagneux visant à démontrer que Bagneux n’est pas Saint Cloud. Panorama des activités sociales financées par la mairie, d’une politique innovante de titularisation de certains précaires, de l’opposition permanente de la députée aux projets du gouvernement à l’Assemblée, mise en avant de la collaboration avec les « représentants légitimes des salariés » ( les syndicats, donc)....
Nous avons écouté poliment cet exposé, sans même préciser qu’il est fort rare, même dans les mairies UMP, que les élus avouent avoir une politique sociale de merde, tournée vers la précarisation et le profit maximum.
Nous avons attendu la chute. Brutale.
A Bagneux, comme à Saint Cloud, les précaires comme Mme S. sont privées d’indemnisation chômage, parce que la Mairie de Bagneux se place « dans le cadre de la loi » qui permettrait de la refuser à des ex-salariées qui ne seraient jamais que des « vacataires », quelle que soit la durée totale des contrats effectués.
Cependant, contrairement à ce qui se passe à Saint Cloud, les « vacataires » ont la consolation de savoir que ce n’est pas « de gaieté de coeur » que leur employeur les prive d’accès à leurs droits sociaux. Mais par nécessité, naturellement, l’Etat affame les collectivités territoriales, alors les collectivités territoriales affament les précaires ;
il faut bien que quelqu’un paye la facture, tout au bout de la chaîne.
Le plus significatif dans tout ce discours de noyage de poisson assumé, fut sans doute la prise de position de l’administratif de la délégation municipale, bien plus claire que celle de l’élue.
En effet, le directeur des ressources humaines a immédiatement brandi des arguments juridiques selon lui imparables, qui justifieraient la non indemnisation, et vanté sa « connaissance des jurisprudences sur la vacation ».
A Bagneux, comme à Neuilly, un directeur des ressources humaines a une fonction de protection de l’employeur et certainement pas des salariés.
Naturellement, ces « arguments juridiques imparables » n’existent pas, sans quoi il n’y aurait pas multiplication, justement, des jurisprudences consacrées aux « démissions présumées » dans le secteur public. Mais, et cela aussi, tous les directeurs des ressources humaines du secteur public le savent, le recours à la justice pour faire respecter son droit est une option longue, très longue pour une précaire sans ressources.
L’avantage d’un collectif de précaires, c’est qu’il permet d’ajouter d’autres options à celle de la lutte juridique, toujours inégale.
Marie Hélène Amiable, députée maire, signataire de nombreux textes et pétitions contre la précarité dans le public, notamment, ne peut que comprendre la démarche qui est la nôtre : la solidarité et le combat politique contre des pratiques patronales visant à satisfaire les besoins en main d’oeuvre, en dépensant le moins possible.
Pourtant, exactement comme cela se serait passé à Neuilly ou à Saint Cloud, son adjointe n’a pas rappelé « rapidement » son ex-salariée après notre occupation, comme elle s’y était engagée. C’est pourtant elle qui avait insisté pour une prise de rendez-vous « au cas où il se dégagerait des pistes permettant de trouver une solution ».
Tous les employeurs, quels que soient leurs opinions politiques personnelles, cherchent immanquablement à gagner du temps dans les conflits salariaux, en proposant de la « concertation » sans contenu. Mais les collectifs de précaires sont habitués, du coup, à ne pas perdre le leur en croyant au Père Noël.
Raison pour laquelle, outre l’aspect juridique, une campagne d’information sur la condition précaire de salariés appréciés par les habitants pour les services rendus a déjà commencé, notamment sur les marchés de la commune.
De Bagneux ou de Saint Cloud, si vous subissez le même refus d’indemnisation, rejoignez la lutte collective !
Contrôle CAF, refus du RSA ?
Avec le RSA vos revenus baissent et vous n’y comprenez rien ?
On vous refuse la prime pour l’emploi
Vous galérez avec la CAF, l’ANPE, la Sécu, ou les services sociaux ?
Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l’arme des précaires !
Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d’autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d’Allocataires.
A Paris : tous les mardis de 18H 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey, métro Marcadet- Poissonniers Contact Tel : 09 54 70 66 22 Mail : ctc.rsa@gmail.com Site : http://www.collectif-rto.org
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